Little Rock Central High School
École des extraordinaires résistants connus sous le nom de Little Rock Nine
Little Rock était un arrêt obligatoire parce qu'elle est la capitale de l'Arkansas, mais oh surprise! On y est restés plus longtemps que prévu. Commençons par notre arrivée au State Capitol.
Lunch dans la cafétéria des staffers, suivi de la visite de chaque chambre (Sénat, Chambre des représentants) où des résolutions non contentieuses de mise en oeuvre du budget sont votées ce jour là.
House of Representatives
Sénat
Alors qu'on flânait à regarder le tableau des sénateurs de 1941, un sénateur de 2026 se pointe, nous demande d'où on vient et commence à jouer au guide touristique. On pique une jasette, il nous invite dans son bureau, on parle un tout petit peu de politique (on se doute qu'il est républicain, alors on reste dans les généralités), puis Pierre pose la question qui tue: est-ce que Trump (avec face de dégoût) a un impact sur le climat politique ici, au Sénat de l'Arkansas? Le sénateur nous dit que chanceusement, à part quelques weirdos, la majorité des gens élus ici sont raisonnables et travaillent pour le bien commun, sauf pour la gouverneure (qu'il n'aime pas), qui a des ambitions washingtoniennes et qui place ses pions. Comme il a voté à cinq reprises contre ses initiatives, il s'attend à ce qu'elle tente de lui faire la peau aux prochaines primaires républicaines.
Ce n'est qu'après avoir quitté le capitole qu'on google ces gens pour en savoir plus. Premier résultat: 😱 La gouverneure de l'Arkansas est Sarah Huckabee Sanders, qui a été White House Press Secretary de Trump de 2017 à 2019. Contents d'avoir échangé avec un sénateur qui ne l'aime pas, on google encore pour savoir à qui on avait affaire exactement. Deuxième résultat: 😱 Les deux principales propositions du gentil sénateur Steve Crowell (district 3) sont: Protect the life of the unborn et Support 2nd amendment gun rights.
Le Sénat de l'Arkansas compte présentement 29 républicains et 6 démocrates. La chambre des représentants compte 80 républicains et 20 démocrates. Difficile de s'imaginer que l'Arkansas ait élu et soutenu Clinton dans les années 90. Sauf pour Carter en 1976, et Clinton, l'Arkansas a voté républicain aux élections présidentielles pendant plus de cinquante ans.
Vote populaire aux présidentielles, Arkansas
Malheureusement nous n'avons pas rencontré le Sénateur
Love, l'un des six résistants du Sénat de l'Arkansas.
Le Sénateur Crowell, en bon guide touristique, nous a proposé d'aller visiter le Trésor au 2e étage. Et là, nous avons rencontré par hasard le Chief of staff du Arkansas Treasurer of State qui a aussi comme fonction, quand il rencontre par hasard des Québécois errants, d'être un guide touristique. Il en a profité pour vanter la rénovation du capitole, de la salle du trésor et de la voûte. La remise en état avec les 17 variations de vert (couleurs d'origine retracée scientifiquement après avoir éliminé les couches de goudron et nicotine accumulées à cause de plusieurs générations de fumeurs), et les tuiles du plancher d'origine, produites en Californie... nous avons eu droit à tous les détails. En plus, la tradition veut que le peuple (incluant les touristes résistants québécois) a le droit de voir et même de toucher au trésor dans la voûte.
le bureau du Trésor, reconstitué à l'origine (1915)
mécanisme de la porte de la voûte
hold the money!
Ce ne sont pas de faux billets pour la galerie. Des vrais de vrais dollars américains, pour un grand total de $600 000 USD! Ça pèse 20 livres.
Après toutes ces émotions, on s'est dirigé vers la Little Rock Central High School, théâtre d'une crise qui a marqué l'histoire de la lutte contre la ségrégation aux États-Unis. Et là on a eu de vraies émotions.
Elizabeth Eckford, 4 septembre 1957
Elle avait 15 ans
Les militants pour les droits civiques à la fin des années cinquante avaient adopté notamment une stratégie de contestation judiciaire visant à éliminer la discrimination dans l'accès à l'enseignement supérieur. Ils avaient sciemment choisi les premières batailles de sorte de ne pas provoquer de grosse vague de résistance - l'accès sélect à l'enseignement supérieur ne semblait pas aussi menaçant pour la majorité blanche. La deuxième phase de la stratégie allait toutefois viser la ségrégation scolaire à tous les niveaux et pour ce faire, la doctrine "separate but equal" devait être renversée. Cette doctrine faisait en sorte que si les services offerts étaient relativement égaux, il était présumé que le fait de séparer les blancs des noirs n'entraînait pas de préjudice, donc pas de discrimination. Par conséquent, pour obtenir gain de cause, il fallait démontrer que l'éducation offerte n'était pas de même niveau ou n'avait pas la même qualité dans les écoles pour blancs et pour noirs. Dans l'affaire
Brown v.
Board of Education, les juristes ont fait témoigner des experts pour démontrer que la séparation des noirs et des blancs était source de préjudice en elle-même, parce qu'elle perpétuait la perception d'infériorité des noirs, contribuait à leur dévalorisation et attaquait directement l'estime de soi des enfants (voir l'études poupées -
the good doll and the bad doll). Ça semble évident aujourd'hui, mais ce ne l'est toujours pas aux yeux de la justice, même au Québec et au Canada. Par exemple, la jurisprudence ne reconnaît pas que la ségrégation selon le sexe ou le genre soit intrinsèquement discriminatoire.
Après la décision Brown v. Board of Education en 1954, les États étaient tenus d'intégrer les élèves noirs dans les écoles et les classes jusque là réservées aux blancs. À Little Rock, la résistance face à cette décision a donné lieu à une crise marquée par des manifestations, des émeutes, l'intervention de l'armée, et au centre de cette crise se trouvaient neuf jeunes adolescentes et adolescents noirs qui ne demandaient qu'à aller à l'école. Ce qui s'est passé à la Little Rock Central High School donne froid dans le dos.
Le gouverneur de l'État, Orval Faubus, soutenait les ségrégationnistes. Il a tout d'abord ordonné à la garde nationale d'empêcher les jeunes noirs d'entrer dans l'école. Le jour de la rentrée, une foule enragée a attaqué les jeunes à coup d'insultes racistes et dégradantes. Des injonctions sont obtenues mais les émeutes de racistes enragés continuent pendant plusieurs semaines. Finalement, le président Eisenhower envoie à Little Rock 1200 soldats pour protéger et escorter les neuf élèves noirs chaque jour. Ces derniers subiront du harcèlement et des attaques physiques tout au long de l'année. En 1958, le gouverneur Faubus choisit plutôt de fermer l'école. En 1959, la Cour fédérale déclare que la fermeture de l'école est inconstitutionnelle.

Remarquez la pancarte "Integration is communism". Aujourd'hui, le mot "communiste" est remplacé par "woke" dans les discours de droite comme celui du PQ ou de la CAQ, mais l'idée est la même: diaboliser les gens qui militent pour le droit à l'égalité.
Les courageux résistants et courageuses résistantes de Little Rock, au nombre de neuf:
Elizabeth Eckford
Ernest Green
Carlotta Walls
Melba Patillo
Gloria Ray
Thelma Mothershed
Minnijean Brown
Jefferson Thomas
Central High à Little Rock est aujourd'hui l'école de plus de 2000 jeunes. On nous dit que les tensions raciales sont toujours présentes.
la citation du jour :
RépondreSupprimerWar, and more wars, are helping Government to siphon the earnings of its people into its treasury for its own selfish purpose, which is to rule the people for the Government instead of for the purpose of serving the people. When will the people see that the very taxes they pay are building a power to be used against them?
Walter Russell
pas la peine de visiter Little Rock, il n'y a rien à voir : le McDo du centre-ville est fermé.
RépondreSupprimerDonald